Quand les serviteurs de la bourgeoisie s’identifient aux voyous des bas fonds

Publié le par SCALP87

Quand les serviteurs de la bourgeoisie s’identifient
aux voyous des bas fonds.


"Etre anarchiste c'est nier l'autorité et rejeter son corollaire économique : l'exploitation. Et cela dans tous les domaines où s'exerce l'activité humaine. L'anarchiste veut vivre sans dieu ni maître ; sans patron ni directeur ; alégal, sans loi comme sans préjugé ; amoral, sans obligation comme sans morale collective. Il veut vivre librement, vivre sa conception personnelle de la vie. En son for intérieur, il est toujours un asocial, un réfractaire, un en-dehors, un en-marge, un à-côté, un inadapté." E. Armand

C’est ce qui en politique qualifie au mieux l’attitude de « l’apache », jeune rebelle du quartier de la Bastille à Paris, voyou de la Belle Epoque affirmant sa marginalité dans un système rempli d’inégalités et d’injustices, prolétaire délinquant jeté dans la dure loi de la rue, pauvre et sans ressource.
C’est avec dégoût que nous assistons aujourd’hui à la récupération de cette icône de la délinquance sociale (délinquance qui est la conséquence du système bourgeois et d’oppression capitaliste) par des groupuscules d’extrême-droite radicale. Bien évidemment, il ne nous étonne guère que ces groupuscules voulant récupérer de manière stratégique l’héritage et l’histoire du monde ouvrier veuillent de fait récupérer des mouvements « marginaux » voir « violents», ayant une logique de classe, populaire, allant pourtant idéologiquement et historiquement à l’encontre de ces mêmes groupuscules révisionnistes… Etre un rebelle, se faire passer pour un rebelle, c’est la mode et l’extrême-droite a besoin de se refaire une santé, un nouveau visage, sa pratique désormais axée sur les masses… elle touche donc à ce qui ne lui appartient pas.
Le but : brouiller les pistes, semer un trouble idéologique dans les classes populaires opprimées, récupérer par révisionnisme afin de donner une illusion de crédibilité.
La solution à cette mascarade : rétablir la vérité, rétablir la réalité historique et démontrer la continuité idéologique. L’extrême-droite n’a jamais été du côté des faibles, des opprimés, du peuple, elle ne le sera jamais !

LES APACHES

C’est en 1902, au début de la Belle Epoque, que deux journalistes parisiens (Arthur Dupin et Victor Morris) trouvent un surnom aux petits voyous de la rue de Lappe, dans le quartier de la Bastille ; les « Apaches » naissent.
Cette petite rue adjacente à la rue de la Roquette était surtout destinée au XIX° siècle à la ferraille, on y trouvait des boutiques, qui pour la plupart distribuaient toutes sortes de métaux, des bistrots et des ateliers se consacrant au travail du fer et du bois. Petit à petit, ce furent les activités festives qui prirent le dessus sur le commerce du fer. Des bretons et des auvergnats installèrent des troquets « bois et charbon » en nombre dans la rue et le voisinage. C’est là que se constitua peu à peu le repaire des apaches, jeunes prolétaires et voyous originaires de l’est parisien comme Belleville ou encore Menilmontant. Ils investissaient la rue de Lappe à la nuit tombée au milieu d’un quartier d’immigrés, notamment d’italiens qui apportèrent une culture musicale, un quartier vivant où se formèrent les premiers bals musettes pour prolo aux pieds de bâtiments noircis et délabrés.
Ne dépassant pas la vingtaine d’années, ces jeunes de quartiers défavorisés formèrent des bandes, motivés par un désir de reconnaissance : s’afficher, forcer les barrières dans une société où l’ouvrier n’est qu’une capacité, une force de production que l’on dresse sur la loi des ventres vides et de la misère sociale. L’apache adopta donc un signe de reconnaissance qui se traduisit par le vestimentaire, casquette vissée sur une nuque rasée, foulard, veston semi-ouvert sur chemise fripée… mais l’élément de l’habillement le plus important résidait dans les chaussures. Quelles qu’elles étaient, elles se devaient de briller.
Pour subvenir à leurs besoins, ils devinrent, selon leur âge et leur expérience, maîtres dans le bonneteau (jeu de cartes et d’argent se basant sur l’escroquerie), l’arnaque de rue, le vol, le racket. Ils n’hésitaient pas à s’en prendre à la « flicaille », symbole d’oppression et bras armé d’un Etat qui était cause de leur misère. Il est incontestable que le comportement apache était une rupture avec la mentalité de l’époque, le rôle et la présence des femmes dans les bandes était également très actif, tranchant avec la société bien-pensante et moraliste.
Ce début de XX° siècle marqua une forte régression des valeurs religieuses, un fort mécontentement de la masse ouvrière, la fascination dans des affaires d’illégalisme avec des attentats vengeurs anarchistes, des braquages de banques, la déception dans une république et démocratie bourgeoise sans valeur humaine…
Le phénomène apache a eu de très gros échos, il ne faut pas oublier le rôle des journaux parisiens de l’époque qui n’hésitaient pas à mettre à la une les faits divers, les méfaits et exploits des apaches pour alimenter cette atmosphère de tension sociale et en parallèle le sentiment d’insécurité qui auto-alimenta le phénomène.
Les apaches disparurent aux alentours de la première guerre mondiale notamment parce que la population des faubourgs ainsi que les patrons de troquets ne voulaient plus être assimilés aux yeux du peuple à ces « malfrats », alors ils finirent par lâcher des informations cruciales sur ces bandes, sous pression des journaux et de la police. Et, d’autre part, la guerre de 14-18 a engendré la perte de cette classe d’âge de la population, beaucoup de jeunes ne sont jamais revenus du front.

Ainsi, les identitaires « parisiens et franciliens » entendent récupérer l’héritage symbolique de cette bande historique en intitulant leur mouvement « projet apache ».
Comment de petits bourgeois aux relents fascisants peuvent aussi aisément se réapproprier une idée et une pratique antagoniste de la leur ? La réponse est simple, leur analyse historique est aussi pauvre que leur conscience politique, tout repose sur le vide et l’ignorance car les identitaires sont bien parmi les seuls à ne pas avoir d’identité historique en relation avec le social et la volonté populaire en matière politique, pas de bases concrètes, le flou idéologique total, on touche à tout ce que l’on peut…

Pourquoi antagonistes ?
Les identitaires défendent les valeurs de l’Eglise et du traditionalisme religieux en matière de famille, de croyance et de fidélité comme peuvent en témoigner le Cercle Sainte Geneviève ou bien les articles parlant de pèlerinage comme par exemple solidarité Kosovo.
-Les apaches n’étaient pas croyants, ils volaient dans les églises et les poches des curés, se préoccupaient plus de subvenir à leurs besoins vitaux que d’aller parader dans la sainteté !

Les identitaires participent au système, à l’ordre établi en se présentant aux élections municipales et européennes mais sont également au pouvoir avec la Ligue du Nord en Italie depuis prêt d’un an, du changement en matière social ? NON !
-Les apaches étaient une réaction directe à la société de classes et d’injustices sociales, ils étaient le résultat d’un système d’exploitation et agissaient en conséquence !

Les identitaires sont sécuritaires, se basant sur une atmosphère de peur et tenant le discours bateau de l’insécurité.
-Les apaches étaient contre l’Etat policier, ils n’attendaient rien de personne, ils étaient en marge. Seuls les médias et le système bourgeois profitent de l’insécurité pour maintenir la peur, la peur du changement avec en parallèle le renforcement du sécuritaire !

Les identitaires sont nationalistes et culturellement racistes.
-Les apaches se moquaient pas mal de l’idée de pays ou de nation, ils ont évolué dans le milieu de l’immigration et du brassage culturel avec des prolo venant de partout, venant de la même misère, aussi exploités qu’eux. 



En sommes, les identitaires et tous ceux qui à l’extrême-droite essayent de s’approprier le nom de cette bande, de souiller sa mémoire, n’ont rien d’apaches. Néanmoins ils ont en commun la pratique : le vol, vol de notre histoire et de notre héritage, le révisionnisme ; l’escroquerie de se faire passer pour ce qu’on est pas ; l’arnaque de faire croire au peuple qu’on est une alternative au système alors qu’on reproduit exactement le même schéma de société : ordre, tradition, famille, patrie, fidélité, centralisation, pouvoir, Etat, autoritarisme, patronat, salariat, censure, sécuritarisme, racisme, homophobie, xénophobie… autant de valeurs communes entre le capitalisme et l’extrême-droite…
Autant de raisons d’être un apache, un vrai !

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