Dossier Mouvement Redskin

Publié le par SCALP87

Le mouvement Redskin n'est pas le SCALP et le SCALP n'est pas le mouvement Redskin. Néanmoins les deux partagent des valeurs communes. Il nous parait utile de parler de ce mouvement qui représente une contre-culture, une partie de nos idées, un mouvement toujours vivant, jamais vaincu.

LE MOUVEMENT REDSKIN

 

(Dossier paru sur le site des Partisans, groupe de musique).

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Afin de compléter l’article sur les red warriors et les chasseurs de skins en général, voici un texte expliquant le mouvement Redskin en France, avec en parallèle les scènes musicales militantes, courants, groupes et zines côtoyés ou impulsés par ce mouv’

La France : une situation particulière

Le mouvement redskin français (le premier à exister de manière spécifique au niveau international) est né dans des conditions particulières autour des années 1984/86. D'un côté, une situation économique et politique extrêmement dure, caractérisée par un chômage massif, le début de politiques néo-libérales et qui voit l'installation en France d'un très grand mouvement d'extrême droite représenté par le Front National. De l'autre, l'émergence d'un mouvement culturel : l'alternatif (mélange de punk rock en français, de contestation politique, et de brassage des cultures).

Fanzines de l'époque

  • - Red Aktion
  • - Rude Boy (la grande classe! Un seul numéro paru. Imprimé, deux couleurs)

  • - Contre (revue autonome, dont certain reds étaient proche)

  • - Réflexes (journal du SCALP)

  • - Apache (SCALP Paris)

Groupes français les plus populaires chez les redskins

  • - Nuclear Device (reggae-rock clashien)

  • - Kortatu (punk rock/ska basque)

  • - Babylone Fighters (reggae urbain de Saint-Etienne)

  • - Camera Silens (les seuls à nous rappeller les Redskins)

  • - Les Kamioners Du Suicide (reggae-punk ultra gauche)

  • - Laid Thénardiers (musique très personnelle, et textes tendance autonome)

  • - Béruriers Noirs

Une culture urbaine à part

Les premiers redskins français ne sont pas du tout issus du mouvement skinhead et de sa culture. A cette époque, la quasi totalité des skinheads en France sont soit fascistes, soit apolitiques. Ils traînent dans les concerts punks et les squats pour y mettre la zone, attaquent des clochards dans la rue, s'en prennent aux immigrés, dépouillent les gamins dans le métro. Ils font la Une des journaux, des magazines de télé, ils paradent dans les manifs. Autour des Béruriers Noirs se crée alors une sorte de Service d'Ordre, qui se charge de protéger les concerts et d'empêcher les fafs de rentrer. C'est la naissance de la première bande importante de redskins, les Red Warriors et aussi les premiers "chasseurs" de fafs parisiens. Auparavant quelques individus isolés avaient entendu parlé des Redskins (le groupe anglais), et séduits par l'alliance du look prolo/baston des skins et des idées d'extrême gauche, avaient fait un peu le même chemin. Les Red Warriors (avec d'autres) vont se charger de faire changer la peur de camp. Trois ans plus tard, il n'y a plus personne à Paris du moins, pour se montrer avec un drapeau français sur le bomber. Cette victoire n'est évidemment pas l'oeuvre des Red Wawa tous seuls, mais de la multiplication des ripostes, de la lassitude des "vieux" fafs, de l'abandon de certains qui se rendent compte qu'ils ont été manipulés par des politicards et que le fascisme ne mène nulle part... Les Red Warriors auront néanmoins été le déclencheur d'une certaine façon d'envisager l'antifascisme radical, en lien avec la situation concrète de l'époque. Plusieurs bandes se sont formées, plus ou moins mythiques comme les Red Ants, les Lénine Killers, la Red Action Skinhead et à Marseille la Massilia Red Army. Elles auront donné naissance à un phénomène bien moins intéressant, celui des "chasseurs" de skins. Si certaines bandes comme les Ducky Boys ont une éthique et des règles de conduite, d'autres ne seront que des semeurs d'embrouilles qu'il sera aussi dangereux de croiser que les fafs quelques années plus tôt. Cette logique de territoire, de gangs, de baston pour la baston, ne prendra heureusement pas l'ampleur qu'elle a encore aujourd'hui aux USA.

La culture de ce mouvement est variée : au niveau musical oï, punk alternatif, reggae, mais aussi psychobilly ou encore hip-hop. D'une certaine manière, les redskins sont "l'avant-garde" la plus décidée à l'intérieur de l'alternatif contre le fascisme et le racisme. La musique est secondaire. Le seul groupe à faire l'unanimité sera bien évidemment The Redskins, le groupe de power-soul trotskiste (Socialist Worker Party) britannique. Politiquement aussi, il n'y a pas d'unité : certains sont trotskistes tendance OCI ou LCR, d'autres PCF, les plus nombreux de sensibilité libertaire ou encore autonome. Le SCALP (section carrément anti Le Pen), groupe libertaire non dogmatique et ultra activiste, attirera à lui l'essentiel de l'engagement politique des redskins de l'époque. Enfin, au niveau du look, les redskins cultivent un savant mélange d'éléments empruntés aux skins (bombers, docs), aux psychos (brosses flat top, bandana), et aux premiers B.Boys (pantalons larges, baskets..). Le tout agrémenté de symboles indiens (boucles de ceinture, bagues de combat, tee-shirt des Washington Redskins...) et de folklore prolo (pull camionneur, bleu de travail). Certains aussi s'empareront de la mode du bomber retourné côté orange lancée par le groupe anglais, mais pas tous (trop voyant? trop disco?).

C'est donc au départ, un mouvement culturel ouvert, qui ne cherche pas à se différencier du reste de l'underground de l'époque, mais qui exprime un antifascisme viscéral et énergique, dans la rue et les concerts.

1989 : le retour aux sources
Fin de l'alternatif

Avec le recul de la présence des fachos dans la rue, la raison d'être des redskins est presque devenue caduque. Le fascisme s'institutionnalise, tente de se montrer plus présentable (rupture plus ou moins réelle avec les éléments les plus nazis dont les skins), et c'est au tour des partis de prendre la mesure du phénomène et de commencer à proposer des "solutions" sur un terrain plus large. En 1989, c'est aussi la fin de pas mal de groupes qui tiraient la scène alternative comme Nuclear Device, les Brigades, bientôt Kortatu et les Bérus. Certains redskins abandonnent, et d'autres, commencent à (re)découvrir les vrai racines du mouvement skinhead : le reggae, le rock-steady, le ska, le mélange culturel de l'Angleterre des années soixante.

Fanzines

  • - Rude Force (édité par la Rude Boy Connexion de Marseille et des membres de la Massilia Red Army. Un seul numéro)

  • - K.O!K.O! "musique et combat internationaliste" (édité par le Red Boy Syndicate de Lyon et non Marseille, comme tendrait à le faire croire l'adresse. Ouvert musicalement. Tendance trotskiste- deux numéros)

  • - International Street Feeling (du Mans. Superbe nom deux numéros)

  • - Red Power (édité pat la Nouvelle Action Communiste Révolutionnaire de Pau. Trotskiste. Un ton agressif trempé dans une vision hard-core old-school du socialisme. 10 numéros au moins. En sommeil pour l'instant, mais toujours tapi dans l'ombre de la scène underground)

  • - L'Ennemi (bulletin d'info de Pau. Petit frère du précedent. Même humour, même ton. No surrender!)

Car 89, c'est aussi le boom du deuxième revival ska (Unicorn records, ska allemand -Skaos-et américain-Toasters. C'est le retour des Original Skins, Trojans Skins en France. Le SHARP aussi commence à faire parler de lui. Les redskins les plus attachés à cette culture deviennent alors des red skinheads, c'est à dire des skinheads authentiques (musique, look...) mais toujours attachés aux valeurs de la gauche et de l'extrême gauche. Ils y gagnent en "crédibilité" vis à vis des autres skins (apolitiques...) mais y perdent sûrement en originalité, ratant ainsi l'occasion de développer une véritable culture de jeunes, consciente politiquement, capable de faire la jonction avec les jeunes immigrés des quartiers difficiles. Le repli sur une culture datée des années soixante (soul, ska, reggae) et fin soixante-dix (street-punk et oï), ramène à mon avis le mouvement skin/redskins au rang de mode nostalgique un peu comme celle des rockab, des mods, ou des punks à crête et l'isole des cultures rebelles actuelles (rap, ragga, jungle voir hard-core).


Groupes

  • - Mors Aux Dents (skinheads communistes de la banlieue de Biarritz. Des précurseurs (1986). Oï de la mort!

  • - Rue Raïa (punk/oï)

Renouveau redskin
L'internationale red

A partir de la fin des années 80, dans le sillage de l'Anti Racist Action américaine, le mouvement redskin se développe aux Etats-unis mais aussi en Espagne (grâce à l'héritage de Kortatu), en Italie, en Allemagne, au Mexique, en Colombie ou encore au Québec. Le RASH est né (red and anarchist skin heads). Il donne un nouveau souffle à la culture redskin, la popularise, la structure d'une certaine manière, sans pour autant la stéréotyper. Des différences continuent d'exister entre les différents mouvements nationaux, qui sont dues à leurs histoires respectives. En Espagne et en Amérique latine (et dans une certaine mesure aux USA), les reds sont plus proches de l'esprit des premiers redskins français (multi culturalité), plus ouverts musicalement, et politiquement. En Allemagne, ils font partie intégrante de la scène skinhead, sont plus orientés oï et ska et sont proches de l'étrange tradition politique autonome/stal allemande. En France, aujourd'hui, les deux traditions cohabitent.

Fanzines de l'époque

  • - Sang-Mêlé (édité par les Prolo Boys and Girls de Lyon. Tendance trotskiste new-school -ah, ah, ah- non dogmatique. Deux numéros)

  • - S.T.O.R.M. (fusion de Red Power, l'Ennemi et d'autres. trois numéros)

Quant à l'Angleterre, berceau de la culture tondue, la situation est très particulière. Les skins sont une véritable "institution" working class, d'une certaine manière apolitique (je sais, certains veulent faire croire que dés le début le mouvement était conscient de son appartenance à la classe ouvrière de manière militante, "à gauche". je pense que c'est faux) et dès le début, leurs opinions politiques ont été très diverses, en fonction du quartier, de la tradition familiale... Les skinheads de gauche n'ont pas eu à se différencier (musique, fringues...) des boneheads de droite, la question ne se posait pas en ces termes. Les plus militants des "reds" anglais sont regroupés autour de la Red Action (groupe communiste dissident du SWP) et de l'Anti Fascist Action et leur journal Fighting Talk.


Groupes

  • - Les Partisans

Renouveau redskin
Vers une nouvelle génération?

Depuis trois ou quatre ans, dans le sillage du revival punk/oï et punk-rock français, et grâce à l'essor perpétuel du ska et du reggae, de jeunes redskins prennent la relève. Très actifs et mieux organisés que leurs aînés, les redskins d'aujourd'hui savent mieux se faire entendre et défendre leur identité. Mais ils se cantonnent à la scène punk, alors que le défi serait peut-être de savoir créer des liens avec la jeunesse immigrée au travers de la culture hip-hop ou reggae. Mais les choses évoluent vite, les scènes se décloisonnent et la jeunesse d'aujourd'hui semble plus ouverte que la précédente. L'essentiel étant de rester "à l'affût".

Fanzines

  • - Résistance (Toulouse. Libertaires/JRE. Quatre numéros je crois. R.I.P)

  • - Unity Rockers (de Paris. Pleins d'infos, tenace et régulier. Lâchez pas l'affaire!)

  • - Barricata (communistes libertaires tendance CNT. Organe de combat de la section RASH de Paris. Proche des Brigada Flores Magon. Des articles politiques, de la musique, un bon mix)

  • - Gun's Fever (Angers. Plus orienté musique, mais clairement red)

  • - Le Gavroche (idem)

Groupes

  • - Brigada Flores Magon (street-punk/oï de Paris. Cénétistes (militants à la CNT) notoires, avec un ex-Red Wawa, Julien)

  • - Kerhun (Oï troskiste tendance Parti des Travailleurs)reds.jpg

 

 

 

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